Iron Man : le colosse aux pieds d’argile de la nouvelle Amérique
6052008
« I’m not a hero (…) I’m Iron Man » conclut Robert Downey Jr. à la fin du film ; et toute l’ambigüité du film réside dans cette simple phrase. Quel est le super héro « type » ? Superman, un extra-terrestre, doué de pouvoirs extra-ordinaires, et qui se déguise en humain sous l’apparence de Clark Kent.
Tony Starck n’est pas un extra-terrestre, et ne possède aucun super-pouvoir. C’est même un beau salaud, un marchand d’armes dépourvu de tout sens moral, pour qui la paix ne représente qu’une promesse de cessation d’activité pour l’empire industriel qu’il a forgé. Alors que Clark Kent, un non-humain, réussissait à construire une vie sociale, le cynisme et le mépris dont fait preuve Strack à l’égard des autres l’amène à ne construire de relations amicales qu’avec ses robots, enfermé dans son atelier de travail reclus du monde.
Cet anti-héro, visage d’une Amérique arrogante, flambeuse et certaine de sa supériorité morale et intellectuelle, se retrouve prisonnier des terroristes, lors d’un véritable one-man-show devant l’armée américaine en Afghanistan, où le lancement d’un missile suffit à détruire une montagne. Lors de sa capture, des éclats de ses propres obus atteignent son cœur, et il ne doit sa survie qu’au système développé par un autre savant capturé par les terroristes, qui lui intègre au milieu du thorax un électro-aimant retenant les éclats d’obus à distance de son cœur. C’est paradoxalement pendant cette opération chirurgicale que la transformation s’opère, que le play-boy milliardaire au cœur de pierre devient un homme fragile maintenu en vie par une vieille batterie de voiture, que l’homme désemparé et affaibli devient un « super-héros ».
Qu’est-ce qui fait alors de lui un super-héros ? Il n’a gagné aucun pouvoir durant sa captivité ; il a même perdu une partie de sa force, seule une assistance électro-médicale lui permettant de survivre. Et c’est là que le film plonge dans la platitude et les dialogues convenus, que le génialissime Robert Downey tente vainement de sauver : Starck est devenu un super-héro car il est devenu un homme conscient de ses erreurs qu’il doit tenter de réparer (« c’est la seule mission possible »). Son unique super-pouvoir est sa lucidité, le fait qu’il comprenne enfin qui sont les « méchants » qu’il convient de combattre ; Starck « prouve qu’il a un cœur », comme lui fait remarquer son assistante. A défaut de tomber dans la schizophrénie, entre son « moi » vendeur d’armes sans scrupule et dénué de sentiment et son « moi » protecteur des plus faibles (qui sont sous le joug de ses propres armes) et amoureux de sa secrétaire, il se crée un alter égo surpuissant, un « homme de fer » synthétisant tous ses paradoxes intérieurs, une symbiose parfaite entre l’homme doué de raison et la machine surpuissante et infaillible.
Ce personnage est assurément un très bon point de départ pour un scénario de film de superhéros. Robert Downey et le réalisateur en sont bien conscients ; mais il reste à intégrer tout cela dans une bonne intrigue classique hollywoodienne. Cette partie du film est moins réussie : terroristes nettoyés au lance-flammes, secrétaire sexy, voitures de sport sur la corniche, ancien père-protecteur chauve et barbu s’avérant être le « bad-guy », meilleur ami black en renfort, répliques comiques écrites à la va-vite… rien ne nous est épargné, en dehors d’un duel final limité dans le temps, la genèse du personnage occupant la majeur partie du film. Mais justement, le personnage de Strack / Iron Man est si habillement installé, grâce au jeu subtil et intelligent de R.Downey, qu’on se laisse très facilement emporté par ce film où les effets spéciaux, malgré leur excellente qualité, ne sont pas, pour une fois, le personnage central de ce film à grand budget. Iron Man marque le début d’une nouvelle génération des films Marvel où chaque homme peut devenir un héros.
Espérons que la suite (en préparation) sera à la hauteur, et que les Etats-Unis cesseront d’utiliser Hollywood comme une auto-flagellation des fautes commises par le passé. Après nous avoir vendu la lutte contre «l’axe du mal » par le cinéma, le discours désormais galvaudé de « l’Ennemi Intérieur » que symbolise Iron-Man n’aide en rien à la compréhension de la situation actuelle très complexe de la politique étrangère des Etats-Unis, ni à la résolution des conflits irakiens et afghans. Le cinéma reste une fiction, et ce n’est pas la fiction qui doit guider l’opinion publique et le politique, mais la réalité des faits.
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Tenter de résumer et d’expliquer pourquoi on trouve ce film génialissime n’est pas une mince affaire et n’est pas dénué d’arrogance. Le plus dur sera de ne pas rédiger trop de pages. Je ne vais pas résumer ce film de manière diégétique, c’est-à-dire en suivant le déroulement de l’histoire, mais en ordre chronologique. On peut déjà s’arrêter sur ce petit point théorique : le film ne suit pas un ordre chronologique (d’où l’importance de l’emploi du mot diégétique, pour le distinguer de « chronologique » et non seulement pour montrer que j’ai mangé un dictionnaire). Ne pas raconter une histoire dans un ordre chronologique n’a rien d’original en soi. On peut penser à Tarantino qui trouve beaucoup trop ennuyeux de rester plus de 30 minutes dans une situation donnée (pour notre plus grand plaisir). Mais dans Mulholland drive, c’est justement ce décalage entre temps diégétique et temps chronologique qui est intéressant. Pour voir le temps diégétique, il suffit de regarder le film.
Tout commence au Canada, dans une petite ville, où Diane (la blonde) a remporté un concours de danse. On apprend qu’elle part alors à Hollywood pour devenir une actrice, aidée par un héritage venant de sa tante Ruth, récemment décédée et qui était dans le « milieu ». Mais très rapidement, la réalité la rattrape. Elle auditionne pour le rôle de sa vie, pour une comédie musicale, mais c’est Camilla, une brune sulfureuse, qui obtient le rôle. Les deux concurrentes deviennent néanmoins amantes, mais Diane ne se remettra pas d’un sentiment d’infériorité profond, exacerbé par la montée médiatique fulgurante de Camilla. Diane n’obtient que de petits rôles et devient une « actrice ratée ». De plus, lors d’un repas, le « dernier repas » de Diane, Camilla annonce son mariage avec un réalisateur. Ce repas est un véritable enfer pour Diane. Elle ne voulait pas y aller, fait exprès d’arriver en retard, fait le trajet grâce à une limousine payée par Camilla et ne connaît personne. Elle scrute alors chaque détail de ce repas, chaque visage, chaque anecdote qui deviendront les fantômes de son inconscience.
Rapidement, folle de jalousie, elle engage un tueur à gage pour liquider Camilla. Une fois le meurtre accompli, Diane est rongé par le remord et sombre dans la folie. Elle fait alors un rêve, qui dure plus de 100 minutes dans le film. Dans ce rêve, tout est inversé. Elle se prénomme Betty et Camilla prend le nom de Diane. La nouvelle Betty est actrice et prend sous son aile « Diane ». Nous passerons rapidement sur cette partie du film, car même si c’est la plus longue, c’est la plus évidente et le jeu des « différences » et leurs significations est évident avec la deuxième partie. Puis Diane se réveille, se souvient une dernière fois de l’amour de Camilla, et met fin à ses jours.
Les actrices principales peuvent donc changer de nom et de rôles au milieu du film. Faut-il y voir une condamnation irrémédiable du cinéma ?? Au contraire, Lynch affirme la grande force du cinéma tout en nous montrant l’envers du décor. Le cinéma crée des émotions à partir d’un orchestre qui n’existe pas. Il faut donc en jouer et non vouloir contrer ce paradoxe.
pose une caméra dans une situation donnée. La caméra de Lynch est celle posée dans nos rêves.. Le rêve est donc réalité, et la réalité est un rêve. Comment ne pas se perdre alors dans ce film ? Il faut se laisser à l’abandon et juste observer, ouvrir ses yeux ; regarder le film.


